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Hallucinations de l’IA : pourquoi elles surviennent et comment les réduire

  • 9 févr.
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 févr.

une IA humanoide fragmentée image abstraite pour représenter les hallucinations de l'IA

Le problème n’est pas que l’intelligence artificielle se trompe. Après tout, l’erreur fait partie de toute activité humaine… et de tout système complexe.



Le véritable danger, c’est que l’IA se trompe avec aplomb.


Les modèles d’IA générative peuvent produire des réponses fluides, structurées et convaincantes, même lorsque l’information est incorrecte, incomplète ou entièrement inventée.


Contrairement à un humain, l’IA ne doute pas spontanément, ne signale pas ses hésitations et n’exprime pas d’incertitude. Cette combinaison entre erreur et confiance crée une illusion de fiabilité particulièrement trompeuse.


👀 Les conséquences sont bien réelles. Deloitte a été accusée d’avoir cité des recherches générées par l’IA dans un rapport de plusieurs millions de dollars remis à un gouvernement provincial canadien, avant d’être confrontée à un cas similaire impliquant un rapport destiné au gouvernement australien, où des hallucinations auraient également été détectées, menant à un remboursement partiel.


Ces exemples montrent comment des décisions publiques et stratégiques peuvent reposer sur des informations erronées, parfois sans que le problème soit détecté.


Ces situations révèlent une incompréhension plus profonde du fonctionnement de l’IA et de ses limites structurelles.


L’objectif de ce billet est donc double: comprendre pourquoi les hallucinations se produisent, et surtout comment réduire le risque lorsqu’on travaille avec l’IA, surtout dans des contextes professionnels ou décisionnels.


Qu’est-ce qu’une hallucination de l’IA?


Les hallucinations de l’IA ne sont pas des anomalies isolées ni des bogues accidentels. Elles sont une conséquence directe du fonctionnement des grands modèles de langage (LLM).


Un modèle d’IA ne vérifie pas les faits. Il prédit le mot le plus probable en fonction du contexte fourni et des données sur lesquelles il a été entraîné. Son objectif n’est pas la vérité factuelle, mais la réponse la plus probable.


Voilà où se situe la grande confusion. Une réponse peut être parfaitement formulée, logique en apparence et cohérente sur le plan du langage, tout en étant fausse sur le fond. L’IA optimise la forme avant le contenu.


Cette différence entre plausibilité linguistique et vérité factuelle explique pourquoi les hallucinations sont si difficiles à détecter, surtout pour un utilisateur qui ne maîtrise pas déjà le sujet. Plus la réponse sonne juste, plus elle inspire confiance, même lorsqu’elle repose sur des prémisses erronées.


C’est aussi la raison pour laquelle les hallucinations ne peuvent pas être simplement corrigées par des ajustements techniques mineurs. Elles ne sont pas un défaut superficiel, mais une propriété émergente de systèmes conçus pour générer du langage, pas pour établir des faits.


Anatomie et typologie des hallucinations de l’IA


Pour agir efficacement, il est essentiel de comprendre que toutes les hallucinations ne se ressemblent pas. La recherche distingue plusieurs types d’erreurs, qui n’ont ni les mêmes causes ni les mêmes solutions.


Les hallucinations intrinsèques 


Ellles surviennent lorsque le modèle contredit directement les informations que l’utilisateur lui a fournies. Par exemple, un contrat mentionne clairement une date ou une clause précise, mais l’IA, lors d’un résumé ou d’une analyse, la modifie ou l’interprète incorrectement. Ici, le problème ne vient pas d’une invention externe, mais d’une mauvaise lecture ou d’une mauvaise intégration du contexte immédiat.


Les hallucinations extrinsèques


À l’inverse, celles-ci correspondent à une fabrication pure et simple d’informations. Face à une question pour laquelle l’IA ne dispose pas de données suffisantes, elle produit une réponse détaillée et confiante au lieu d’admettre son ignorance. C’est dans ce cas que l’on voit apparaître des références inexistantes, des événements inventés ou des explications entièrement fictives.


À ces catégories s’ajoutent deux notions transversales importantes:


→ Les erreurs de fidélité concernent l’incapacité du modèle à refléter correctement les documents ou sources fournis.


→ Les erreurs de factualité apparaissent lorsque la réponse contredit des faits établis du monde réel, même en l’absence de documents sources.


Cette distinction est essentielle, car on ne corrige pas une hallucination intrinsèque de la même manière qu’une hallucination extrinsèque. Dans un cas, il faut renforcer l’ancrage au document. Dans l’autre, il faut autoriser explicitement l’incertitude et limiter la pression à répondre.


Comprendre la nature de l’erreur est la première étape pour mettre en place des stratégies de réduction réellement efficaces. Cliquez ici pour sauter à la section des techniques qui permettent de réduire les hallucinations.


Pourquoi les hallucinations surviennent-elles?


Les hallucinations ne sont pas le résultat d’une seule défaillance isolée. Elles émergent de l’interaction entre plusieurs mécanismes internes et externes aux modèles de langage. Pour comprendre pourquoi elles persistent, même dans des systèmes avancés, il faut adopter une lecture systémique du risque.


La prédiction de jetons et la pression de plausibilité


À la base, un modèle de langage fonctionne par prédiction de jetons. Il sélectionne l’élément linguistique le plus probable compte tenu du contexte. Ce processus est optimisé pour produire des réponses cohérentes, fluides et utiles du point de vue de l’utilisateur.


Cette optimisation crée une pression constante vers la plausibilité. Lorsqu’une information manque, est ambiguë ou incertaine, le modèle n’a aucun mécanisme interne pour s’arrêter ou demander une clarification. Il comble le vide avec ce qui ressemble le plus à une réponse acceptable. C’est précisément dans ces zones d’incertitude que les hallucinations apparaissent.


Conflit entre mémoire paramétrique et contraintes contextuelles


L’IA s’appuie sur deux sources d’information: la mémoire paramétrique, acquise lors de l’entraînement, et le contexte fourni au moment de l’interaction. Ces deux sources ne sont pas toujours alignées.


Lorsque le contexte est incomplet, contradictoire ou trop spécifique, le modèle peut privilégier des schémas généraux appris durant l’entraînement au détriment des contraintes contextuelles immédiates.


Ce conflit mène à des réponses qui semblent cohérentes globalement, mais qui ne respectent pas les détails essentiels du cas traité. C’est un mécanisme central dans les hallucinations intrinsèques.


Le modèle du «fromage suisse»


Pour expliquer pourquoi ces erreurs passent souvent inaperçues, les chercheurs proposent un modèle inspiré du fromage suisse. L’idée est simple: une hallucination devient visible et dommageable lorsque plusieurs couches de protection présentent des failles alignées.


La première couche concerne les données. Les lacunes, les biais ou les zones grises dans les données d’entraînement créent des espaces où le modèle n’a pas de référence fiable. Ces vides informationnels favorisent les généralisations abusives et les approximations.


La deuxième couche est liée à la flagornerie, c’est-à-dire la tendance de l’IA à valider les prémisses de l’utilisateur, même lorsqu’elles sont fausses. Pour rester serviable et pertinent, l’IA préfère souvent confirmer une hypothèse erronée plutôt que la remettre en question. Cette dynamique est particulièrement dangereuse dans les domaines à forte autorité perçue, comme le droit ou la recherche.


La troisième couche concerne les mécanismes de contrôle et de vérification. Certaines hallucinations ne prennent pas la forme d’inventions grossières, mais de citations mal attribuées: des références réelles, mais utilisées hors contexte ou associées à des affirmations incorrectes. Ces erreurs sont difficiles à détecter, car elles donnent une impression de légitimité qui trompe même des utilisateurs expérimentés.


Sept techniques éprouvées qui permettent de réduire les hallucinations de l’IA


Face à ce risque systémique, l’une des interventions les plus efficaces reste le travail au niveau de la requête. Bien formulée, une requête peut réduire considérablement la pression de plausibilité linguistique et forcer le modèle à adopter un comportement plus prudent. Il est toutefois essentiel de comprendre que ces techniques ne suppriment pas les hallucinations. Elles en réduisent la probabilité et facilitent leur détection.


  1. Autoriser explicitement l’IA à dire «je ne sais pas»


Par défaut, l’IA considère qu’une réponse incomplète est préférable à une absence de réponse. En autorisant explicitement l’aveu d’ignorance, on désactive ce biais de complétude. Le modèle devient moins enclin à inventer lorsqu’il manque d’information. Exemple de requête:

Si l’information est absente ou incertaine, indique clairement que tu ne sais pas plutôt que de proposer une réponse approximative ou inventée.

  1. Forcer la pensée par étapes


Demander à l’IA de décomposer son raisonnement étape par étape l’oblige à expliciter ses hypothèses intermédiaires. Ce processus réduit les raccourcis logiques et rend les incohérences plus visibles, tant pour l’IA que pour l’utilisateur. Exemple de requête:

Décompose ton raisonnement étape par étape avant de fournir ta réponse finale.

  1. Ancrer la réponse dans des citations précises


En exigeant que l’IA commence d’abord par extraire des citations exactes avant toute analyse, on limite la réponse aux informations présentes dans les sources. Cette méthode est particulièrement efficace pour limiter les hallucinations liées à l’interprétation de documents. Exemple de requête:

Commence par extraire des citations exactes, mot pour mot, à partir des sources fournies. Base ensuite ton analyse uniquement sur ces extraits.

  1. Déclencher une auto-vérification


Une fois la réponse produite, il est possible de demander à l’IA d’identifier ses propres affirmations factuelles et d’en évaluer la fiabilité. Cette seconde passe active des mécanismes internes de détection d’incohérences et permet de repérer rapidement les zones à risque. Exemple de requête:

Pour chaque affirmation, indique ton niveau de confiance et propose une méthode de vérification externe.

  1. Tester la cohérence par répétition


Poser la même question dans plusieurs conversations distinctes permet de détecter la variance probabiliste. Une réponse stable inspire davantage confiance qu’un ensemble de réponses fluctuantes, souvent révélatrices d’un terrain incertain.


  1. Amorcer un rôle axé sur l’exactitude


En assignant explicitement à l’IA le rôle de vérificateur ou contrôleur de faits ou d’auditeur, on modifie ses priorités. L’exactitude prend le pas sur la fluidité et la politesse, ce qui réduit la tendance à produire des réponses trop affirmatives. Exemple de requête:

Occupe le rôle d'un vérificateur de faits. Ta priorité est l’exactitude, même si la réponse est incomplète.

  1. Imposer des sorties structurées


Un format structuré, qui exige pour chaque affirmation une source, un niveau de confiance et une méthode de vérification, impose une discipline intellectuelle à l’IA. Les hallucinations deviennent alors plus visibles et plus difficiles à masquer. Exemple de requête:


Pour chaque point, indique 1. Affirmation, 2. Preuve ou source, 3. Niveau de confiance. 4. Méthode de vérification.

Ces techniques doivent être vues comme des outils de gestion du risque. Elles améliorent la fiabilité des réponses, mais ne remplacent ni la compréhension du sujet ni la vérification humaine.


Les systèmes RAG et les solutions architecturales


Face aux limites des modèles de langage «à livre fermé», l’une des réponses techniques les plus répandues consiste à intégrer des mécanismes de génération augmentée par récupération, plus connus sous l’acronyme RAG.


Le principe est simple en apparence: plutôt que de s’appuyer uniquement sur sa mémoire paramétrique, le modèle va d’abord récupérer des documents pertinents dans une base de données externe, puis générer sa réponse à partir de ces sources. On passe ainsi d’un système à «livre fermé» à un système à «livre ouvert».


Cette approche permet effectivement de réduire certaines hallucinations, notamment les erreurs factuelles grossières, en s’appuyant sur des documents réels.


Toutefois, contrairement à ce que laissent entendre certains discours, un système RAG ne supprime pas les hallucinations. Il en modifie la nature. La récupération naïve sélectionne des documents sur la base d’une similarité textuelle, sans garantir leur pertinence juridique, temporelle ou contextuelle.


Le biais de généralisation survient lorsque le modèle ignore une exception précise pourtant présente dans les documents récupérés, au profit d’une règle générale apprise durant l’entraînement.


À cela s’ajoutent des limites structurelles dans les domaines complexes, comme le droit, où les faits sont rarement atomiques et où les autorités peuvent être contradictoires selon les juridictions.


Dans ces contextes, un système RAG réduit le risque d’invention pure, mais n’élimine ni les erreurs d’interprétation ni les raisonnements défaillants.


Ce que révèlent les travaux de recherche appliquée


Les études empiriques menées par des équipes indépendantes, notamment dans le cadre d’études des universités Stanford et Yale, confirment ces limites.


L’analyse d’outils juridiques spécialisés qui reposent sur des architectures avancées révèle une persistance des hallucinations, même avec un système RAG intégré. Le taux d’erreur reste significatif, soit entre 17% et 19%, selon les outils et les types de questions posées.


Plus préoccupant encore, certaines plateformes produisent des réponses incomplètes ou refusent de répondre dans une proportion élevée de cas, ce qui crée un faux sentiment de sécurité: l’absence de réponse est perçue comme de la prudence, alors qu’elle peut masquer une incapacité à traiter la complexité du problème.


L’un des risques les plus critiques identifiés est celui d’une erreur d’ancrage des sources. Il s’agit de citations réelles, pointant vers des documents existants, mais utilisées hors contexte ou pour appuyer une affirmation incorrecte. Ce type d’erreur est particulièrement risqué, car il donne une illusion d’autorité légitime et exige une expertise humaine chevronnée pour la détecter.


Dans ce contexte, l’apparence de rigueur est plus dangereuse qu’une erreur évidente. Une réponse manifestement fausse déclenche immédiatement la méfiance.


À l’inverse, une réponse incorrecte mais appuyée par des sources en apparence crédibles inspire confiance et peut passer inaperçue.


Adapter la vérification au niveau d’enjeu


Toutes les utilisations de l’IA ne présentent pas le même niveau de risque. Il est donc essentiel d’adapter les protocoles de vérification à la gravité des conséquences.


Dans les enjeux faibles, comme l’exploration d’idées, une vérification minimale peut suffire. Les erreurs sont peu coûteuses et facilement corrigées.


Pour les enjeux moyens, comme la recherche interne ou la rédaction de brouillons, certains réflexes deviennent nécessaires: autoriser explicitement l’incertitude, forcer la pensée par étapes et vérifier manuellement les principales affirmations.


Dans les enjeux élevés, comme les documents juridiques, les rapports destinés à des clients ou les décisions stratégiques, la vérification humaine devient non négociable.


Cela implique l’application systématique de méthodes comme celle d’exiger une citation d’abord, des tests de cohérence par répétition et une lecture critique de chaque source citée pour en confirmer la pertinence et l’autorité.


🚨 Plus les conséquences d’une erreur sont importantes, plus la responsabilité humaine est de mise.


Réduire les hallucinations, ce n’est pas viser la perfection


Les hallucinations sont une limitation intrinsèque des modèles d’IA actuels. Elles découlent de leur nature statistique et probabiliste et ne peuvent pas être éliminées, peu importe l’outil d’IA générative.


En revanche, on peut réduire les risques d’hallucinations de l’IA en misant sur une combinaison de techniques de requête, et, surtout, sur une compréhension lucide des limites de l’IA.


👉 La responsabilité finale reste humaine. Toujours.


L’IA peut aider, accélérer et impressionner, mais elle ne doit jamais être celle qui tranche.


Comprendre comment fonctionne l’IA n’est donc plus une simple curiosité technologique, mais une compétence essentielle pour l’utiliser de façon responsable. Ce billet est l’approfondissement d’une Recette IA envoyée dans l’infolettre. Pour recevoir un conseil pratique ou un tutoriel chaque semaine dans votre boîte courriel, abonnez-vous à l’infolettre.🥗


natasha tatta rédactrice bilingue et traductrice agréée consultante et infopreneure en IA générative

Natasha Tatta, C. Tr., trad. a., réd. a. Spécialiste langagière bilingue, je conjugue la précision des mots et la portée des idées. Infopreneure et consultante en IA générative, j’accompagne les professionnels dans l’adoption de l’IA générative et le marketing de contenu. En parallèle, j’enseigne la traduction en TI à l’Université de Montréal.


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