Traduction et intelligence artificielle: agir plutôt que subir
- il y a 3 heures
- 4 min de lecture

Comment j’ai dompté la grosse méchante IA
Ça prend des nerfs d’acier pour ne pas succomber à la trouille devant les vagues d’intelligence artificielle déferlant sur la société: d’abord l’IA conversationnelle, qui se contentait de dialoguer puis, plus récemment, l’IA agentique, qui peut prendre le contrôle intégral de votre ordinateur. Entre traduction et intelligence artificielle, l’enjeu n’est pas d’éviter la vague, mais d’apprendre à surfer allègrement. Même les pères de l’IA comme Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton sonnent l’alarme. Toutes les tâches intellectuelles pourraient devenir remplaçables d’ici 18 à 24 mois. Les employeurs à courte vue risquent de précipiter l’économie dans un gouffre en remplaçant tous leurs employés à col blanc au lieu d’enrichir leurs méthodes de travail avec l’IA. Alors, que faire?
J’appartiens moi-même à deux professions en pleine ligne de mire: la traduction et la rédaction publicitaire. Je suis comme un canari dans une mine de charbon: un des premiers à succomber en cas d’asphyxie. Je n’ai pourtant pas encore perdu une seule cliente. J’ai su rester à flot en maîtrisant la technologie à ma propre manière au lieu d’attendre qu’on me l’impose selon des modalités inacceptables.
Transformer l’IA en superpouvoir professionnel
L’IA menace, certes, mais nous avons toutes une planche de salut: chacune peut exploiter cette technologie — gratuitement, même — pour faire mieux et plus. L’IA bien maîtrisée nous confère un superpouvoir. Elle nous aide à créer davantage de valeur. Assistées par l’IA interactive, nous pouvons nous rendre encore plus utiles à nos clientes et à nos employeuses.
Voici donc la démarche que je recommande à mes collègues. Cessez de trembler dans vos bottines. La passivité vous arrachera tout espoir. Demandez-vous plutôt comment l’IA peut vous aider à livrer de meilleurs services, plus rapidement et peut-être à meilleur prix. Demandez-vous quelles compétences stratégiques ou éditoriales vous pourrez développer maintenant que les tâches d’exécution ne vous enchaînent plus.
L’IA nous fait monter en grade lorsqu’on l’aborde ainsi. La rédactrice soulagée de l’angoisse de la page blanche peut se mettre à penser comme une rédactrice en chef. La traductrice libérée de l’agonie du premier jet peut explorer avec l’IA des tournures plus attrayantes et des formulations plus fluides. Ses textes deviennent plus agréables à lire et plus mémorables pour le lectorat.
J’ai pu profiter de l’IA pour appliquer plus systématiquement un ensemble de principes stylistiques qui me guident depuis 40 ans. Ces principes m’obligeaient auparavant à multiplier les relectures puisqu’un cerveau humain a bien du mal à appliquer 25 principes en même temps. Mes textes sortent désormais plus vite et les structures de phrase sont plus recherchées, plus lisibles, parce que l’IA guidée par mes consignes me propose des options multiples que je n’aurais pas eu le temps d’envisager.
Toutes mes clientes savent que j’utilise l’IA. Toutes ont reçu un exemplaire de mon guide stylistique Text Appeal. J’y explique en détail ma démarche d’amélioration de textes. Je ne me contente pas de promettre une vague touche humaine: je précise la manière exacte dont ma participation au processus crée de la valeur ajoutée.
Utiliser des modèles d’IA en local en traduction et intelligence artificielle pour protéger ses clients
Mes modèles d’IA fonctionnent en local à 99%. Je n’envoie donc pas les textes de mes clientes à OpenAI, à Google ou à Microsoft. Tout se passe dans un ordinateur personnel ayant coûté la jolie somme de 6000$ — une bagatelle quand on sait qu’un chauffeur Uber Eats ou DoorDash doit investir 40000$ pour livrer de la pizza.
J’ai acheté en 2023 un MacBook Pro doté d’une puce M3 Max et de 32 Go de mémoire vive. La machine était un peu lente, alors j’ai réinvesti l’automne dernier dans un ordinateur de jeu bien ventilé, pourvu d’un bloc d’alimentation de 1500 watts et d’une carte graphique RTX 5090. Notez bien cette configuration. C’est le minimum pour avoir un système réactif. Avec un tel outil, je peux proposer un service confidentiel sans contribuer à la catastrophe écologique des centres de données.
LM Studio, Ollama et modèles gratuits: que peut-on faire?
Cet investissement réalisé, on peut installer des logiciels gratuits comme LM Studio ou Ollama pour faire tourner localement des modèles compétents en rédaction et traduction, comme Gemma 3 12B, Gemma 3 27B et Mistral Small 3 24B, par exemple. Tous ces modèles sont gratuits.
Le logiciel gratuit AnythingLLM ajoute d’autres fonctions indispensables: il permet de fournir des documents de référence à l’IA, notamment des mémoires de traduction, des glossaires et des consignes stylistiques. On évite ainsi les fameuses hallucinations, puisque l’IA va chercher l’information au lieu de l’inventer.
J’ai aussi contribué au développement d’un fidèle compagnon baptisé TAIGR. Cet accessoire Windows ajoute à chaque requête des références tirées de mes bitextes et glossaires Logiterm. TAIGR applique mes 25 consignes stylistiques de Text Appeal et me propose non pas une, mais trois traductions: la première épouse la structure du texte source alors que les deux suivantes sont plus libres, plus fluides et plus idiomatiques.
L’IA devient ainsi une partenaire interactive et parfaitement discrète. Elle enrichit mon expérience de travail et stimule ma créativité — n’en déplaise aux esprits chagrins prétendant qu’elle fait ratatiner le cerveau, comme autrefois les prêtres prétendaient que le plaisir solitaire rend aveugle. Le même raisonnement permettrait de prétendre que l’écriture affaiblit la mémoire, puisqu’elle nous épargne la tâche de tout retenir par cœur. Une objection absurde.
Subir la postédition ou agir stratégiquement?
Voilà mon témoignage ! Je ne prétends pas que tout le monde sera sauvé ni que chacune pourra me suivre dans cette voie. Le tandem traduction et intelligence artificielle oblige désormais à repenser nos pratiques. Je veux simplement aider mes collègues à entrevoir de nouvelles possibilités au lieu d’attendre qu’on leur impose des applications abrutissantes, comme la postédition.
Les esprits allumés souhaitant obtenir plus de détails ou m’engueuler comme si j’étais un suppôt de Satan peuvent m’écrire à fcouture@traductionsvoila.com. Vous pouvez aussi vous procurer mes deux livres Text Appeal sur Amazon. J’en ai un en français et l’autre en anglais. Les vingt-cinq premiers chapitres enseignent la stylistique au cerveau humain et le dernier l’enseigne à votre IA, sous forme de consignes et d’exemples.

François Couture est un traducteur agréé par l’OTTIAQ et rédacteur agréé par la SQRP. Il sert depuis 40 ans une clientèle stable de grandes sociétés, d’éditeurs de magazines et d’associations sectorielles. Ses deux livres Text Appeal, un en anglais et l’autre en français, enseignent 25 consignes stylistiques au cerveau humain et à l’IA avec un grand nombre d’exemples divertissants. On les trouve sur Amazon.




